L’Enseignement Supérieur dans le secteur public au Bénin

 L’Enseignement Supérieur dans le secteur public au Bénin

S’instruire, c’est l’un des besoins fondamentaux reconnus par évidence pour un homme. Plus encore, lorsque celui-ci aspire à une certaine aisance ou  tout simplement à une notoriété dans sa société, l’instruction qu’elle soit académique, culturelle, artistique ou encore artisanale s’impose comme un cheminement obligatoire.

Pour ma part, l’enseignement supérieur dans le prolongement étroit des études secondaires, est l’occasion par excellence offerte à chaque individu d’acquérir des précisions, des clarifications, des détails somme toute des données finement peaufinées à l’issue de laquelle l’individu devient un intellectuel désormais accompli voire un penseur (la recherche). Toutefois à n’y prendre garde, l’enseignement supérieur pourrait être aussi le moyen assuré de bâtir des intellectuels tarés comme le dirait l’autre.

En effet, le système éducatif supérieur dans notre pays, au-delà de ses difficultés plutôt atténuables qu’indisolvables, présente des carences notoires qui font le lit à une délivrance de cadres analphabètes, intellectuellement dit. Je ne m’autoriserai pas à exposer ici les problèmes des trois ordres de syndicats à savoir : étudiants, enseignants et le personnel du service technique et du matériel, mais je ne me tiendrai qu’aux faits qui font le quotidien d’un étudiant du secteur public dans notre pays. enez : T

1-    La non-spécialisation des filières avec son corolaire d’amphis à effectif d’un mini-stade de foot :

A l’Uac, la faculté réputée pour son effectif restreint affichait pour l’année académique 2004-2005 dans l’une de ses filières 816 étudiants. Pas alarmant ! Me diriez-vous. Mais depuis cette année, cet effectif est passé déjà au-delà de 2000 presque pour les mêmes infrastructures. En effet, un étudiant qui désire étudier la physiologie devrait passer deux années à étudier en plus des sciences biologiques de la mathématique, de la chimie ou encore de la physique. S’il est vrai que nulle science n’est indépendante ou isolée, il n’en demeure par moins qu’il est inutile et même arriérant d’imposer des disciplines qui sous d’autres cieux sont appelées facultatives, et dont les évaluations font le malheur de l’étudiant du moment où il n’a pas les aptitudes nécessaires pour les étudier.

Ainsi, par manque de filière spécialisée, les étudiants sont d’abord regroupés dès leurs deux premières années par des centres d’intérêts à variantes très larges, avant de choisir plus tard en année de Licence leur filière spécialisée. Conséquences : d’abord, les amphis sont à effectif pléthorique, ce qui rend infernal les cours magistraux ; mais surtout l’étudiant perd deux années en études du tronc commun avant de commencer les cours reçus par son collègue de l’autre côté en occident.

2 -  La non actualisation des cours de l’enseignement :

En 2008, des étudiants de la Licence Sciences Naturelles ont encore reçu dans leurs blocs-notes, un cours de sciences enseigné il y a 40 ans et, tenez vous cois : ils l’ont reçu du même enseignant qui l’a dispensé à cette époque. Il est une vérité irréfutable que certaines données scientifiques, même dans leur caractère universel ne sont pas statiques à l’échelle du temps. Ceci devrait amener l’enseignant à actualiser tout au moins tous les deux ans ses cours afin de maintenir ses étudiants dans l’arène de l’actualité. Je me dois de témoigner ici, deux de mes professeurs que j’appréciais ‘’d’opposés’’ dans leur méthodes pédagogiques. L’un était fortement attaché aux publications scientifiques les plus récentes dont il s’inspire pour préparer les cours et qu’il nous demandait de traduire ; mais l’autre venait en amphi avec le manuscrit de ses cours d’il y a plus de 20 ans : le papier aussi vieil que le programme dispensé lui-même, et si déjà usé par le poids de l’âge et les grignotages des blattes laissait à peine déchiffrer les lignes du texte. Dans ce dernier cas, nous exagérons à peine à dire que l’étudiant, n’apprend pas, plutôt qu’il désapprend du moment où l’enseignement qu’il reçoit n’est plus forcément exact voire dépourvu de toute utilité.

 

3- L’inadéquation des programmes d’études aux politiques de développement du pays :

A y voir de près, les cours non actualisés cachent plutôt une autre carence beaucoup plus préoccupante : ces cours s’inscrivent dans un programme qui est pour le moins étranger à celui du développement de notre pays. J’espère que nos dirigeants en ont un au moins.

Il est un secret de polichinelle que les études du supérieur doivent être une passion et non une résignation. Faites un listing des diverses filières de formation offertes par les facultés dans les universités publiques de notre pays, et amusez-vous à supprimer celles qui offrent une main d’œuvre au secteur industriel privé ; votre page restera presque encore bien remplie. Et vous entendrez partout aux lèvres de nos dirigeants que le secteur privé est le levier majeur du développement de tout pays. Une question se précipite alors à mes lèvres. L’Etat veut-il réellement aider ce secteur privé, ou préfère-t-il s’asphyxier par privation des ressources apportées par ce secteur ? Mr Régis Facia du patronat des entreprises privées, sur une chaîne télévisée disait en substance : « moi j’ai besoin des titulaires de BTS en transfert de courriels, et je n’en trouve pas parmi les jeunes étudiants sortis des universités, parce que celles-ci les apprêtent à tout sauf à cela » Fin de citation.

Ce monsieur parlait du problème capital auquel sont confrontés les jeunes étudiants en fin de formation. Si le secteur privé est ce qui créé la richesse et donc provoque le développement dans un pays, l’orgueil national ou tout au moins la fierté de la souveraineté devrait amener nos dirigeants, qu’ils soient de l’exécutif du législatif, du judiciaire ou encore de toute administration à circonscrire les besoins en personnels techniques de tout notre secteur privé. L’histoire de la Chine, du Japon, de l’Inde ou de la Russie peut faire école. En effet, une fois la maquette professionnelle du Bénin sera conçue avec précision des diverses priorités du secteur privé - créateur de richesse -, alors les concepteurs des programmes devraient être mis à profusion pour élaborer des itinéraires d’enseignements pouvant déboucher sur un profil type prêt à être absorbé par une entreprise. Et pour preuve. Pourquoi dans les collaborations bilatérales, les chinois importent de leur pays en plus de leurs technologies, une partie de leurs mains d’œuvres ? Pourquoi la plupart des entreprises des expatriés emploient aux postes des chefs services des mains d’œuvres importées ? N’allez pas chercher loin. La plaque bande locale de chercheurs d’emplois est presque dépourvue d’ingénieurs. Et pourtant, il existe des écoles professionnelles dans nos universités publiques ! Mais ce n’est que l’arbre cachant la forêt. Suivez mon regard.

4-L’exclusion dans les écoles des universités publiques :

Jusqu’à un passé ressent, c’était encore l’admission à un concours qui vous ouvrait les portes de ces écoles. Inutile que je  tergiverse sur les péripéties et le clair-obscur qui entourait l’organisation, le déroulement et surtout la délibération de ces concours. Aujourd’hui, j’encourage à juste titre la sélection directe sur la base des performances du candidat au Bac. Ainsi, quelques heureux étudiants ont l’opportunité d’étudier la profession de leur choix afin de sortir des amphis avec le diplôme d’ingénieur agronome, d’ingénieur en mécanique, de pharmacien, de médecin, de kinésithérapeute ou encore de magistrat. Mais le hic de cet état de chose est le nombre d’étudiants ayant accès à ces écoles.

En effet, les conditions infrastructurelles, didactiques et pédagogiques limitent rigoureusement l’effectif dans ces écoles. Et comme pour saupoudrer le tableau, certains doyens choisissent d’accepter un nombre d’étudiants plus qu’il n’en faut, sur frais d’inscription par tests internes afin de palier un temps soit peu les besoins financiers de leurs écoles ; ce qui ne les empêchera pas plus tard d’exclure le nombre excédant au bout de deux ou trois ans et ce, par tous les voies et moyens possibles. Je ne perds pas de vue les capacités non illimitées des infrastructures de ces écoles, mais une fois encore, la question de diversification des filières professionnelles se pose.

    5- La non professionnalisation des formations

Deux (02) ! C’est le nombre d’instituts du secteur public consacrés exclusivement à l’enseignement technique dans notre pays. Ainsi, tout étudiant désirant étudier la mécanique, l’électricité, l’architecture, le génie industriel, la gestion des entreprises, la gestion commerciale ou encore la gestion des banques, devra se rendre à l’Institut Universitaire de Technologie de Lokossa ou à celui de Parakou. Et lorsqu’on sait les dizaines de milliers de jeunes étudiants ne préférant pas la formation des facultés classiques, on ne peut que conclure du flagrant désengagement de l’Etat. Dans ces conditions, la nature ayant horreur du vide, tente autant que faire se peut de vernisser ce désengagement étatique via les cours privés.

Ainsi, aussi bien au secondaire qu’au supérieur, les formations professionnelles privées constituent une filière florissante puisque rentable, tant et si bien qu’on assiste impuissants à une bipolarisation stricto sensu du tissu social : les enfants des riches pour des écoles de riches , les enfants des pauvres pour celles des pauvres – le demi million étant la moyenne à verser annuellement pour une licence professionnelle, et je ne vous parle pas des masters et des doctorats – avec ses risques de diplômes non validés par l’Etat.

Je ne surprends personne, de toute manière pas cette haute personnalité politique en disant que l’homme est la plus grande richesse qui soit pour un pays. Mais afin d’en bénéficier, tout pays doit mettre la formation de ses hommes au cœur de sa politique, sans quoi ce serait bien une richesse empoisonnée. Et là-dessus, c’est précisément de la professionnalisation des formations qu’il s’agit ; car c’est une chose que de former les jeunes, mais c’en est une autre que de les rendre utiles. Diversifier les filières professionnelles tout en renforçant leurs capacités permettrait à coup sûr d’épouser formation et utilité, ce qui ne fera qu’arracher les jeunes à l’oisiveté qui s’érige en leur premier employeur, avec ses corolaires de médiocrité dans un soit disant job de galère.

Une précision qui pouvait tout de même passer sous silence. La formation professionnelle n’exclut pas l’auto emploi. Elle lui prépare plutôt le lit. Je ne suis pas partisan ad vitam æternam d’une carrière d’employé – qu’il s’agisse dans le secteur privé ou public. Feu mon père répétait sans cesse : « Oui au service, Niet à la servitude ». Les camps, ateliers ou séminaires de formation à l’auto emploi qui pullulent nos écrans ces temps ci cachent mal la nécessité de former les jeunes à un savoir faire professionnel. N’est ce pas qu’il faut bien être par exemple un ingénieur agronome avant de se servir de ses connaissances en marketing, en droit, en fiscalité ou encore en techniques de plan d’affaire pour son entreprise ?

Au demeurant, il revient à nos dirigeants de choisir ou non, de rendre valides les bras des milliers d’étudiants ; trop de cadres en vestes italiennes, coincés  au fond de murs climatisés et occupés à téléphoner à longueur de journée, ce n’est peut être pas trop mal mais c’est beaucoup moins bon que des jeunes aux manches retroussées, casque sur la tète et défilant de chantiers en chantiers ou d’usines en usines à construire leur pays : c’est cela le Bénin en chantier. En tout état de cause, l’Etat on plutôt nos dirigeants continueront à sacrifier sur l’hôtel du désengagement et de l’irresponsabilité la plus grande partie de ces jeunes qui n’aspirent qu’à un besoin essentiel, celui de s’instruire. Et si vous n’êtes pas convaincus faites un tour dans les amphis de nos facultés classiques et demandez au premier étudiant venant : à quelle heure venez-vous au cours quand le cours est prévu pour 8h ? Et je vous assure qu’il vous ajouterait aussi que toutes les fois qu’il vient après 6h il reste sous un arbre pour noter les cours du moins quand il a la chance que la sonorisation de l’amphi ne soit pas en panne. Et pourtant, ce sont ces mêmes jeunes qui seront comme toujours rangés en ordre de bataille pour les échéances électorales prochaines. Ainsi va la politique de l’enseignement supérieur dans le secteur public au Bénin. C’est ce que je pense.           

                                                                        

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